Analyse comparative entre les sexes

Une approche intégrée à l'analyse comparative entre les sexes

Édition 2007


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Mise en pratique de l'ACS Étude de cas : Les maladies
cardio-vasculaires


Les corrélations entre le sexe social et la santé doivent être placées dans le contexte de l'emploi, de la vie familiale, de l'éducation, de la longévité et des soins. Sans une analyse contextuelle des données, on ne peut établir des distinctions claires entre la santé des femmes et des hommes; on ne peut pas non plus éclairer adéquatement l'élaboration des politiques et des programmes ni répondre aux besoins particuliers de clientèles variées.

Par le passé, les recherches sur la plupart des maladies ont fait abstraction du sexe biologique et du sexe social. Ceci a eu de profondes répercussions sur le diagnostic des maladies cardio-vasculaires (MCV), de même que sur l'efficacité de leur traitement et prévention, chez les femmes. L'utilisation de normes purement masculines parsème le diagnostic et le traitement de nombreux « faux pas », qui peuvent s'avérer mortels. Il faut des recherches fondées sur des données probantes pour comprendre et intégrer les importants facteurs qui sont liés au sexe biologique et au sexe social et dont les effets conjugués menacent la santé cardio-vasculaire. Par exemple, des facteurs liés au sexe biologique influent sur la manifestation des symptômes d'infarctus du myocarde. Tandis que des facteurs liés au sexe social déterminent quand les femmes et les hommes vont se faire soigner et comment le personnel médical réagit quand une personne présente des symptômes cardiaques. Conjugués à d'autres déterminants de la santé, le sexe biologique et le sexe social influent donc sur l'état de santé, l'intervention médicale et, éventuellement, l'évolution de la maladie.

Les MCV (qui incluent l'infarctus du myocarde, la cardiopathie ischémique, la cardiopathie valvulaire, la maladie artérielle périphérique, l'arythmie, l'hypertension artérielle et l'accident vasculaire cérébral) ont toujours été considérées comme des maladies propres aux hommes. Au Canada, on ne les reconnaît que depuis peu comme étant la principale cause de décès des femmes aussi bien que des hommes. Cela explique pourquoi les femmes sont nettement sous-représentées dans les recherches médicales sur ces maladies. Par exemple, les doses de médicaments prescrites aux femmes atteintes de cardiopathie sont souvent fondées sur des études effectuées principalement auprès d'hommes d'âge mûr; pourtant, l'état hormonal, l'âge généralement plus avancé des femmes et leur masse corporelle plus légère peuvent influer sur les concentrations, l'efficacité, les effets secondaires et la toxicité des médicaments.

Voici comment certaines différences liées au sexe biologique et au sexe social influent sur les facteurs de risque, les symptômes et les tendances des MCV, ainsi que les répercussions de ces différences sur le diagnostic et l'intervention, y compris la prévention :

Facteurs de risques

  • Âge : L'infarctus aigu du myocarde et la cardiopathie ischémique deviennent des problèmes de santé majeurs à partir de 45 ans chez les hommes et de 55 ans chez les femmes. L'insuffisance cardiaque congestive et l'accident vasculaire cérébral entraînent des taux d'hospitalisation beaucoup plus élevés après l'âge de 75 ans tant pour les femmes que pour les hommes
  • Hypertension : L'hypertension artérielle, qui est un facteur de risque important pour les MCV, est deux à trois fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.
  • Taux de cholestérol : Les hommes qui ont un taux élevé de « mauvais » cholestérol (lipoprotéine légère ou LDL) sont considérés à risque de MCV; cependant, chez les femmes, on croit qu'un faible taux de « bon » cholestérol (lipoprotéine lourde ou HDL) pourraient représenter un facteur de risque plus grand.
  • Diabète : Le diabète est un facteur de risque plus grave chez les femmes que chez les hommes. Les femmes autochtones sont particulièrement à risque de MCV étant donné la plus grande prévalence du diabète chez elles que chez les hommes autochtones.
  • Origine ethnique : L'origine ethnique et le sexe social sont d'importants facteurs dans l'apparition des MCV. Par exemple, le taux de décès des femmes autochtones est plus élevé que celui d'autres Canadiennes en cas de cardiopathie ischémique ou d'accident vasculaire cérébral.
  • Situation socio-économique et stress : Un faible niveau de scolarité, un revenu moindre, des obligations familiales et des relations sociales réduites prédisposent nettement les femmes à la maladie et ralentissent leur rétablissement.

Symptômes et tendance de la maladie

  • La cardiopathie apparaît jusqu'à 10 ans plus tard chez les femmes que chez les hommes.
  • Les femmes ont parfois des symptômes différents de ceux que présentent habituellement les hommes. Les douleurs à la poitrine sont le symptôme le plus commun chez les hommes comme chez les femmes. Cependant, des études démontrent que ces dernières sont plus susceptibles de montrer des symptômes plus banals, tels que l'indigestion, des douleurs abdominales, des douleurs dans le milieu du dos, des nausées ou des vomissements.
  • Étant donné que la population n'est pas encore bien informée du fait que la cardiopathie est la principale cause de décès chez les femmes, il se peut que de nombreuses femmes n'en guettent pas les symptômes et attendent trop longtemps pour consulter. À cela s'ajoute le fait que les médecins ne prennent pas toujours au sérieux leurs symptômes. Voilà pourquoi les MCV sont souvent négligées chez les femmes.

Diagnostics et intervention

  • Des recherches semblent indiquer que les femmes ne sont pas diagnostiquées ni traitées aussi énergiquement que les hommes en ce qui concerne les MCV.
  • Au cours de la dernière décennie, la survie aux crises cardiaques s'est améliorée grâce aux thrombolytiques (médicaments utilisés pour débloquer les artères). Cependant, ces médicaments semblent être administrés moins souvent aux femmes qu'aux hommes. En outre, de vastes études ont permis de constater que la survie des femmes s'améliore grâce à ces médicaments, mais pas dans la même mesure que celle des hommes, bien que l'on ne connaisse pas la raison de cette différence.
  • Dans tous les groupes d'âge, le taux d'hospitalisation pour la cardiopathie ischémique est beaucoup plus élevé chez les hommes que chez les femmes.
  • Les femmes ont tendance à être hospitalisée plus longtemps en lien avec les MCV. Le séjour moyen des femmes est de 13,1 jours comparativement à 11,4 pour les hommes.

On note aussi des différences liées au sexe biologique et au sexe social dans l'évolution des MCV. Par exemple, 31 p. 100 des femmes et 23 p. 100 des hommes font une seconde crise cardiaque dans les six mois suivant la première. En outre, on prévoit que les décès liés aux MCV seront bientôt plus nombreux chez les femmes que chez les hommes parce que les femmes ont une espérance de vie plus longue et que les MCV sont fréquentes chez les personnes âgées.

La présente étude démontre la nécessité de tenir compte de ces facteurs afin de produire des résultats équitables pour les femmes et les hommes souffrant de MCV. Pour rectifier les inégalités existantes, on pourrait, par exemple, faire plus de recherches sur la pathophysiologie qui sous-tend la cardiopathie et mettre en œuvre des programmes de promotion de la santé et de prévention des MCV qui tiennent compte des différences entre les rôles sociaux des femmes et des hommes, rôles auxquels correspondent des obstacles spécifiques, notamment en ce qui concerne le renoncement au tabac, l'activité physique et la nutrition. L'application de l'analyse comparative entre les sexes à ce dossier fait ressortir non seulement les différences dans les facteurs de risque, les symptômes et l'évolution de la maladie, mais aussi la nécessité d'intégrer les considérations liées à l'égalité femmes-hommes à l'élaboration des politiques et programmes de santé.
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Date de modification :
2010-03-18